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Je signale la parution de deux articles accessibles en ligne qui recontextualisent la sociologie russe dans le paysage intellectuel international, notamment français :

 
Alexander Bikbov. A Strange Defeat: The Reception of Pierre Bourdieu’s Works in Russia, Sociologica, 2-3/2009
Doi: 10.2383/31371

Pierre Bourdieu, sociologue français d’un renom mondiale, a connu en Russie un destin inhabituel comparé à beaucoup d’autres pays. Ses textes ne commencent être traduits en russe qu’au début des années 1990, les sociologues se méfient assez, jusqu’aujourd’hui, de son approche. L’intérêt le plus vivant de son travail critique est partagé tout d’abord sur le pôle trans- et multidisciplinaire, ainsi que dans le milieu étudiant. L’article propose une analyse de la conjoncture professionnelle et institutionnelle qui explique les raisons pourquoi les œuvres de Bourdieu ont connu en Russie une telle « étrange défaite ». L’histoire récente de « Bourdieu russe » démontre que la distance par rapport à sa sociologie critique est prédéfinie par la gestion des carrières sociologiques, essentiellement hiérarchique, à l’époque tardive soviétique, comme dans les années 1990-2000. Loin d’être une présentation d’un cas exceptionnel, l’article examine des éléments internationalement valables de la conjoncture intellectuelle spécifique.

 

Alexander Bikbov. Is Sociology the Same Discipline in Russia and France? A Brief Political Micro-History, Laboratorium, 1/2009

La sociologie qui prétend d’examiner et de diagnostiquer divers domaines de la société contemporaine, s’échappe souvent d’un examen de ses propres rangs et moyens. Cela fait aussi bien une couverture admissible de ses fonctions expertes que de ses faiblesses épistémologiques. Un bon exemple d’une situation pareille est la sociologie russe qui, depuis le bouleversement politique et sociale de la fin des années 1980 — début 1990, n’a pas sérieusement contribué à l’explication de la société en changement. L’article cherche à comprendre comment les sociologues russes ont failli de renouveler radicalement leur horizon épistémologique sous un nouveau régime politique et social. Pour éviter de la critique internaliste et « absolue », l’article remet le cas russe dans un contexte élargi international et reprend un deuxième cas « exemplaire », la sociologie française. Afin de relativiser correctement les situations épistémologiques, l’article se focalise sur les conditions de la sociologie en tant que profession : construction des carrières académiques, modèles dominants des institutions sociologiques, règles du jeux dans l’espace politique et administratif. L’analyse englobe la dimension comparative France-Russie ainsi que le développement historique de la gouvernance de la discipline dans tous les deux cas. L’article est disponible en russe et en anglais ; la version anglaise explore moins du matériel français.

 

Ces deux articles récents développent et corrigent les analyses critiques de la sociologie russe effectuées au fil des années précédentes. Il s’agit notamment d’un article en deux parties publié dans la revue russe Logos, en 2002 et en 2003, retravaillé ensuite pour Berliner Journal für Soziologie, qui met en analyse l’autonomie manquante de la sociologie russe. Il s’agit également d’une série de publications en russe traitant le fonctionnement de la faculté de sociologie de l’Université de Moscou, « centrale » dans un certain sens quant à la certification de la sociologie universitaire. Ces articles considèrent la participation repetitive du doyen de la faculté dans la promotion de la peine de mort en Russie et font le point du paysage institutionnel et des effets académiques de la lutte étudiante contre l’administration de la faculté en 2007.

 

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